Le « Boche » et le « Juif »

A partir de 1870, la IIIème République et l’Empire Allemand tentent d’asseoir leur puissance et leur frontière sur la base d’une hégémonie culturelle et ethnique exacerbant de fait les haines nationalistes. Tandis que la République recense et « identifie » les « nomades », Guillaume II invite les anthropologues à « classifier » les étrangers, réprime les minorités et annexe l’Alsace-Moselle sous prétexte que la région est de culture allemande.

En France, la première guerre mondiale consacre la haine du « boche ». L’Allemand est l’ennemi à combattre par tous les moyens. Au cours de l’entre-deux-guerres, la première vague d’immigration venue de Pologne, d’Italie et d’Espagne accroit les tensions nationalistes et profite à l’extrême-droite en France.

De l’autre côté, dans la toute nouvelle République de Weimar, la défaite a un goût amer : on nourrit des rêves de revanches et on désigne les boucs émissaires. En Allemagne comme en France, le Juif fait figure d’honni. Le régime de Vichy et le régime Hitlérien auront pour unique et triste ressort la propagande raciste et antisémite.

Le tandem

A y regarder de plus près, l’histoire de ces deux pays est faite de tant de parallélismes et d’interactions qu’il n’est en rien paradoxal de les voir à l’origine de la construction européenne. La dynamique des politiques européennes a permis à la France et l’Allemagne d’avancer côte à côte. Aujourd’hui, on parle volontiers du tandem franco-allemand comme l’un des moteurs de l’Europe et ce malgré quelques divergences dans leurs intérêts respectifs. L’axe franco-allemand s’est, par ailleurs, matérialisé au travers de couples phares : De Gaulle-Adenauer, Schmidt-Giscard, Mitterand-Kohl ou encore Chirac-Schröder. Le chemin parcouru en un peu plus d’un demi-siècle était inespéré. Et bien que la crise institutionnelle fragilise ce tandem, c’est de lui que l’on attend la relance de la construction européenne.

Faire de l’Ennemi d’hier, l’Allié de demain : pari gagné pour une Europe plus que jamais garante de la paix.

(Photo: couverture de l'ouvrage: Marianne Amar, Marie Poinsot et Catherine Withol de Wenden (dir.), À chacun ses étrangers ? France-Allemagne de 1871 à aujourd'hui, Paris, Actes Sud/Cité nationale de l'histoire de l'immigration, 2009, 215 p.)