Comme tous les manifestants présents, il attend une prise de position forte de la part de la Communauté internationale. Après une première manifestation devant le Conseil de l’Europe à 13h30, direction la Cour européenne des Droits de l’homme pour un sitting, bougie à la main. « Nous nous appelons tous Neda », « Où est mon vote ? », « Arrêtez les massacres en Iran », ou encore : « Ahmadinejad n’est pas notre président ». Tels sont les slogans que l’on peut lire sur les pancartes qu’arborent les manifestants, en reprenant « Yar-e Dabestani » ("Camarade d’école"), un chant révolutionnaire que scandaient les étudiants pour protester contre la dictature du Shah en 1979.

« Nous avons besoin de la Communauté internationale », souligne la porte-parole du Collectif des Iraniens de Strasbourg. « Nous lui demandons de ne pas reconnaître le président Ahmadinejad. Et la Cour européenne doit condamner le non-respect des Droits de l’Homme en Iran ». Pour cette jeune femme, le rapport adopté jeudi matin par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe représente déjà une grande victoire. Mais elle déplore qu’il ne soit pas assez « sévère ». Elle aussi a quitté l’Iran, en quête de liberté. En 1993, elle arrive en retard à l’université. Cinq minutes de trop. Elle s’assoit du côté des garçons. Une étudiante musulmane lui demande de changer de place. Ce conflit entre religieux et athées vire à l’émeute. Quelques jours plus tard, Shireen est expulsée de l’université, jugée responsable de l’altercation. « Cet épisode m’a beaucoup marquée, j’ai décidé de partir et je me suis juré de ne pas revenir tant que ce gouvernement serait en place ». Pour ces réfugiés iraniens, comme pour beaucoup d’autres exilés, quitter son pays d’origine est une question de survie. Après la révolution de 1979, qui mit fin à la dictature du Shah, être musicien était très mal accepté. Papak, 18 ans, chef de l’Orchestre symphonique de Téhéran, s’expatrie alors dans l’hexagone. « La France est mon pays de tête et l’Iran mon pays de cœur », confie-t-il. Mais lui non plus n’y retournera pas. « Je suis sceptique sur l’avenir du pays, la répression est tellement forte. L’avenir est entre les mains du peuple iranien, lui seul peut réellement renverser le régime ». Rashne est au contraire plein d’espoir : « Pour la première fois depuis 30 ans, le peuple est uni ». Il est bientôt 20 heures, le soleil se couche sur la Cour européenne. Les manifestants se lèvent. Micro en main, un membre du collectif lit un texte de soutien qui s’achève par une célèbre phrase de Ghandi : « D’abord, ils vous ignorent, ensuite ils vous raillent, ensuite ils vous combattent, et enfin, vous gagnez ». Sur l’air de l’hymne populaire iranien, « Ey Iran », (chanté pendant la révolution islamique), chacun chante, les bras tendus vers le ciel, en signe d’espérance.

(crédit photo: Flickr/Simone. utzeri)