Le parlement européen en crise ? Les raisons de la perte de légitimité
Par Marie Krpata
Est-ce l’étendue géographique ? L’absence de media européens ? Le manque de lien avec les parlements nationaux et les propres partis ? Peut-être un peu de tous ces éléments, mais en tout cas un constat : au moment où l’Union européenne tout entière fait face à une crise de légitimité, celle-ci n’épargne pas le Parlement européen. Alors que 10 à 30 % de notre législation nationale provient du Parlement européen, le taux d’abstention pour les élections européennes est très important. On peut se poser la question du pourquoi. La première réponse qui me viendrait à l’esprit c’est que nous n’avons pas de conscience européenne. Nous sommes français, tchèques, italiens et espagnols avant tout et nous nous présentons comme tels à l’étranger.
De plus, ça n’est qu’une élite qui se sent concernée par les questions européennes. Ne parlons pas des « nouveaux pays » membres, pour qui l’Union européenne n’est qu’un passage vers un autre modèle après celui de l’Union soviétique.
Les dissensions entre Etats membres et l’intergouvernementalisme au sein du Conseil n’arrangent pas les choses. En effet, entre cette tendance à la simple coopération essentiellement économique des Etats membres de l’Union et celle à l’intégration et à la construction d’une Union politique, les parlementaires peinent à se frayer définitivement un chemin.
Nous avons également des élections du Parlement européen qui divergent dans leur organisation selon les pays (application de la proportionnelle, cumul de mandats, définition des circonscriptions, conditions d’éligibilité et de vote) ainsi que des dates fixées pour ces élections différentes selon les Etats. Il est donc normal que les citoyens européens n’aient pas conscience d’une identité collective et d’un enjeu collectif. Si un mouvement simultané vers les urnes se produisait un seul jour à l’échelle européenne le désintérêt pour ces élections serait peut-être moindre.
D’après la députée européenne du parti populaire européen Nicole Fontaine « Lorsqu’on demande aux Européens s’ils ont récemment lu, vu ou entendu dans les journaux, sur internet ou à la radio et la télévision quelque chose au sujet du Parlement européen, 42% des européens répondent par la négative. » Bien sûr les hommes politiques ont leur responsabilité en la matière, ainsi l’agence Reuters a rapporté récemment les paroles d’un conseiller ministériel : "Vous savez, ces élections, tout le monde s'en fout. La campagne ne démarre pas et ne démarrera pas. Structurer une campagne au mois de mai, je vous souhaite bien du plaisir!". Pas étonnant que les campagnes électorales relatives aux élections européennes sont atones et sans passion! Jacques Gerstlé, professeur en science politique, utilise même l’expression de « campagnes escamotées ». De même, les partis en opposition dans les divers Etats membres de l’Union européenne s’emploient à faire du scrutin européen un vote sanction à l’égard du pouvoir en place. Or, telle ne peut pas être la vocation des élections européennes.
Cependant, si l’Europe est accusée de « déficit démocratique », ce n’est pas seulement aux députés européens et aux media qu’il revient de faire voter les gens. Ils ne peuvent que s’efforcer de crier haut et fort qu’avec le renforcement des pouvoirs du Parlement européen qui atteint un poids politique sans précédent avec le traité de Lisbonne, c’est aussi le citoyen et la citoyenne qui gagnent en impact dans le processus décisionnel de l’Union européenne. Les citoyens ont tous une responsabilité face à ce scrutin et doivent contribuer par eux-mêmes à pourvoir le Parlement européen d’une légitimité plus importante et à faire en sorte que le beau projet européen se réalise!
Pourquoi il est important d’aller voter pour ces élections
Si le Parlement européen est perçu comme étant « démocratique », « dynamique », « à l’écoute des citoyens » c’est aussi le qualificatif « technocratique » qui lui est associé. L’Eurobaromètre de 2008 qui en témoigne se vérifie dans les propos que l’équipe de Babel a recueillis lors du pique-nique européen au jardin des deux rives. Ainsi avons-nous rencontré des jeunes strasbourgeois visiblement très sensibilisés à la thématique européenne, ce qui est très positif. Ainsi, à la question « que vous évoque l’Europe ? » ils ont très justement répondu : « la paix » et « la démocratie ». Et même parmi les mécontents nous avons entendu « J’irai voter car des gens sont morts pour ce droit ». Cependant, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec une femme qui n’était pas sûre d’aller voter, désabusée par le fait que les « non » français et néerlandais et récemment le « non » irlandais n’aient pas été entendus. Au-delà de l’effet conjoncturel d’un référendum qui peut influencer le vote des électeurs au point d’en faire un vote sanction plutôt qu’un vote porté sur le thème même du référendum, je trouve que cette remarque est justifiée et je ne pense pas que l’on puisse construire une Europe grâce à une élite et sans les peuples.
Justement, alors que les Français avaient été informés sur le traité établissant une constitution pour l’Europe par le biais de la réception par courrier de ce texte à l’occasion du référendum, d’autres pays de l’Union européenne n’ont pas eu cette chance : C’est bien dommage que l’effort de démocratisation ne soit pas un reflexe en Europe en-dehors du contexte d’une élection.
Si les Jean Quatremer et consorts répondent avec dédain à des personnes qui se sentent trahies par une Union qui remet à l’ordre du jour, sous un autre nom et avec quelques modifications, un traité qui a déjà été rejeté, je pense, au contraire, qu’il faudrait écouter ces personnes aux propos bien plus intelligents que ceux de certains spécialistes. Les questions qu’ils posent sont les bonnes.
En revanche, il n’est pas incompatible d’être en désaccord avec le tournant politique actuel de l’Union européenne mais d’afficher en même temps la conviction que notre avenir passe inévitablement par l’Europe, conviction qui se traduit par le vote le 7 juin. Il me semble en tout cas que dans la construction institutionnelle européenne, le Parlement soit le moindre mal. Ainsi nous avons vu le Parlement européen, seule institution européenne élue au suffrage universel direct, se battre jusqu’au bout contre le Conseil au sujet de la directive temps de travail parce qu’il ne voulait pas que les temps de garde soient considérés comme inactifs donc non-rémunérés ce à quoi s’opposait le Conseil, et je ne peux qu’approuver ici la position du Parlement. Je pense que si nous arrivons à donner plus de légitimité au Parlement, il pourra aussi mieux nous représenter et notamment par rapport à ce genre de positions du Conseil. C’est pour cette raison, me semble-t-il, que les gens se trompent quand ils pensent que ne pas aller voter c’est exprimer une contestation et faire entendre sa colère. Cela me semble, au contraire, contreproductif.
(Photo: Marie Krpata)
Commentaires
Le nombre de lois émanant du Parlement européen et appliquées en France est d'environ 75 % et non pas 30 %. Il est aussi bon de savoir que des directives européennes non appliquées au niveau du pays conduit à des condamnations.
A brgkn
Selon une étude de deux chercheurs en science politique (Olivier Costa, qui fait autorité en la matière, et Sylvain Brouard), la part de lois françaises issues de la transposition de normes européennes contraignantes est de 13 % pour la période 1986-2006. Selon les pays, ce taux varie de 10 à 30 %. Les 80 % (ou 60 ou 75) sont un mythe entretenu par les partisans de l'Europe comme par ses adversaires (voir l'article de MM. Costa et Brouard, Le Monde, 30 mai 2009).
Ceci étant dit, vous avez raison de pointer le risque que prend un Etat en ne transposant pas dans les délais une directive. La France ne se distingue pas par son excellence dans ce domaine...
"Si les Jean Quatremer et consorts répondent avec dédain à des personnes qui se sentent trahies par une Union qui remet à l’ordre du jour, sous un autre nom et avec quelques modifications, un traité qui a déjà été rejeté,"
Je suis choqué et indigné par cette attaque (très infantile, au demeurant). D'une part je ne suis pas "le Jean Quatremer", une phrase "dédaigneuse", pour le coup, et insultante qui vise à me rabaisser. D'autre part, outre que personne à part l'auteur ne sait que je suis (il ne faut quand même pas exagérer :-D), ce genre d'attaque doit au minimum être étayée. Des exemples précis d'articles "dédaigneux"? Je vois bien votre paranoïa en revanche. Si je ne suis pas d'accord avec certains internautes lors des débats que j'ai sur mon blog, je deviens un ennemi du peuple tel que vous le concevez?
A Jean Quatremer,
A la lecture des commentaires relatifs à votre article « Européennes : pourquoi tant d’abstention » (11 mai 2009) sur votre blog, j’ai en effet constaté avec stupeur la façon dont vous répondez à vos lecteurs. Je n’essaie nullement de vous rabaisser, je ne mets qu’un mot sur la façon dont vous vous comportez. Pour moi, l’emploi du mot « dédain » (et je trouve le terme tout aussi approprié que vous trouvez le mot « infantile » approprié à mon égard) s’applique à vos propos envers votre lectrice Léa qui essaie de porter des réponses au sujet de votre article. Ainsi l’on peut lire (1) : „A Léa: je vois que vous avez hélas survécu à la grippe mexicaine et qu'un mois de vacances n'a pas remis en ordre de marche votre cerveau. » et plus tard « Je ne sais pas si vous allez parvenir à le comprendre ». On vous a, d’après moi, justement fait remarquer : « Votre ton méprisant et votre humour de mauvais goût illustrent à merveille la valeur de votre propos... Vous parlez de négociation et de compromis et vous êtes vous même incapable de répondre poliment à une personne d'un autre avis que le vôtre. Le beau démocrate que voilà...“
Et l’on touche alors, je crois, typiquement au problème de l’opacité et de l’élitisme que l’on reproche tant à l’Europe. Le désintérêt que manifestent les citoyens face à la politique européenne, et on l’a bien vu hier, est liée au fait qu’elle ne paraît pas concrète mais abstraite et lointaine. En tant que journaliste dans le domaine européen, je pense que votre vocation est de démocratiser les thématiques européennes. C’est le sens même d’un media que d’être un « intermédiaire » entre deux sphères, ici la politique européenne et le citoyen. Malheureusement, je crois que vous ne touchez que vos plus fidèles lecteurs et les personnes avec de solides bases concernant l’Europe. Vous n’êtes donc pas l’ennemi du peuple, mais en revanche vos commentaires sur votre blog ne me semblent pas engageants pour débattre avec vous.
Enfin, je dis avoir constaté « avec stupeur » vos réactions envers vos lecteurs, parce que vous êtes une référence. Vous êtes lu dans le milieu universitaire, par les journalistes autant que par le grand public. Je vous rappelle que Café Babel Strasbourg vous a accordé une interview et que dans un récent article de Guillaume Delmotte, il est fait référence à votre personne. Pas de fausse modestie donc…
(1) http://bruxelles.blogs.liberation.f...
Vous ne savez manifestement pas ce qu'est le journalisme: on ne met pas en cause une personne sans expliquer qui est cette personne, ce qu'on lui reproche et on n'emploie le terme "le" Jean Quatremer. Je suis une personne qui a droit à un minimum de respect. Et merci de ne pas m'avoir contacter (ce que l'on fait dans ce métier: on recoupe ses sources, on évite les commentaires de comptoir). Le journalisme est un métier, vous en faites la démonstration a contrario. Je regrette que vous ne le compreniez pas.
Je dialogue avec mes internautes à la différence de la quasi totalité des sites de journalistes. Les commentaires sont une discussion et je réponds aux internautes avec le ton qu'ils emploient. Vous citez une réponse que j'ai faite à "Léa" qui adore troller sur mon blog depuis deux ans. Elle aligne stupidité sur stupidité pour démontrer que l'Europe est le mal absolu. Au départ, j'ai essayé de la convaincre et j'ai renoncé, la mauvaise foi étant sa marque de fabrique. Je me moque donc d'elle. Vous prenez un exemple sans en citer le contexte (citez donc les propos auxquels je réponds). Cela aussi, ce n'est pas du journalisme.
Dernier point: si j'étais élitiste, je ne tiendrais pas un blog et je ne répondrais pas aux commentaires. Trouvez un journaliste qui mouille sa chemise comme je le fais pour expliquer l'Europe au quotidien. Votre article et votre réponse à mon commentaire sont diffamatoires, je le maintiens.
Et merci pour la leçon de journalisme. Venant de votre part, j'apprécie.
M. Quatremer,
"Les coulisses de Bruxelles" ont une utilité et une visibilité certaines, c’est évident - ce qu'a rappelé Marie dans son commentaire -. J'ai moi-même souligné ce point dans ma réponse au commentaire que vous avez laissé sur mon post "Y a-t-il quelqu'un pour contredire M. Slama ?" (J'attendais d'ailleurs une réponse de votre part à ce sujet... Mais elle n’est pas venue.).
Le fait de se confronter aux lecteurs et de leur répondre est évidemment à mettre à votre crédit. Personne ne le nie.
Mais, permettez-moi tout de même une réflexion. Le fait de descendre dans l'arène, en vous plaçant d'une certaine manière au même niveau que les internautes, est encore une fois tout à fait louable. Mais, même sortis de leur contexte, les extraits de votre discussion avec une internaute produisent des effets sur les lecteurs. C’est ce point que l’on discute ici, pas vos compétences de journaliste.
Je suis aussi atterré que vous, parfois, par le nombre de bêtises que l’on peut raconter sur l’Europe, y compris et surtout lorsque ce sont des « responsables » politiques qui les profèrent (il m’est arrivé de traiter – oralement ! -, d’idiots des personnes qui énonçaient des absurdités sur le traité constitutionnel en 2005), mais je crois sérieusement que les « sachants » auraient tout intérêt à ne pas donner l’impression de mépriser leurs interlocuteurs, même de mauvaise foi. L’Europe est affaire de pédagogie, certes. Justement. Je ne suis pas sûr qu’en insultant ceux que l’on voudrait « instruire », on serve cette cause. Surtout quand on utilise l’écrit… Vous qui êtes juriste de formation, vous le savez mieux que personne : la parole est libre, les écrits restent.
Les affaires européennes sont complexes. Nombreux sont ceux qui cherchent à avoir des réponses à leurs questions et je pense qu’il faudrait éviter de dénigrer qui que ce soit. L’effet produit est détestable sur le lecteur non averti. Imaginez –vous un instant dans la peau d’un internaute lambda qui découvre vos propos sur votre blog ! Je crois qu’il serait amené à penser : ce journaliste se prend pour qui ?
Il ne s’agit pas de faire une leçon de journalisme mais simplement d’exprimer un point de vue critique sur les effets d’une pratique et d'une parole.
C'est le problème du 2.0. Mais j'assume mon choix: il y a des moments où la discussion doit s'arrêter et l'internaute (anonyme, courageusement) être confronté à sa crétinerie. Léa, encore elle, celle que vous défendez, explique doctement, par exemple, sur l'un des derniers fils, qu'en Chine, le gouvernement a pour politique d'encourager à tuer les filles. Faut-il en discuter calmement donnant à croire qu'il s'agit d'une "opinion" parfaitement défendable? Je ne le pense pas: en disant cela, elle sait qu'elle dit n'importe quoi, que c'est de la propagande et qu'une réponse longue ne sera pas lue. Là, il faut en un mot faire comprendre qu'elle est folle. Autre exemple: un internaute explique qu'avant 1990, il y avait de la démocratie à l'est... Heureusement, je censure préventivement toutes les ordures antisémites, germanophobes, etc qui déferlent sur mon blog... Hé oui, je censure et là aussi j'assume.
C'est là que je ne vous suis pas: j'ai des opinions, je les affirme et je les défends et je fixe des limites au débat: le "peuple" n'a pas tous les droits, surtout lorsqu'il est chez moi, cad sur mon blog. Je ne considère pas que je suis une infirmière de la démocratie et que je dois gentiment parler à des crétins qui eux ne sont pas gentils. En 2005, justement, on a voulu être gentil avec les nonistes ce qui a fait penser qu'ils avaient peut-être raison puisqu'on discutait avec eux. On a fait la même chose avec le FN (C'est Fabius, encore lui, qui avait dit à Le Pen: vous posez les bonnes questions mais vous apportez les mauvaises réponses). On a vu le résultat dans les deux cas. Alors, effectivement, je ne suis pas politiquement correct. Je pense que l'idée européenne sera mieux défendue si on assume ses opinions, même brutalement. Et que j'effarouche le bien-pensant noniste ou ouiste, honnêtement, cela me fait plutôt plaisir: la pensée ne progresse pas dans le consensus mou.
Notre échange nous permet de toucher à des choses essentielles, me semble-t-il, en ce qui concerne la nature et les modalités d'un débat public.
Je ne reviendrai pas sur le cas particulier de "Léa", que je ne connais pas personnellement, que je n'entends pas spécialement défendre ici et dont je n'ai pas lu la prose visiblement abondante.
En revanche, il y a deux points qui me posent problème dans votre dernier commentaire :
1. Vous écrivez : "En 2005, justement, on a voulu être gentil avec les nonistes ce qui a fait penser qu'ils avaient peut-être raison puisqu'on discutait avec eux."
Cette affirmation est étrange ou plutôt elle me laisse perplexe. Selon vous, si je vous suis bien, le fait de discuter avec quelqu'un, d'échanger des arguments, n'est possible qu'avec ceux dont on partage peu ou prou le point de vue dans la mesure où l'interlocuteur se situerait dans ce que certains ont appelé le cercle de la raison. S'agissant du débat sur le traité constitutionnel, il fallait donc refuser toute discussion pour ne pas légitimer en quelque sorte leur discours. C'est là que je ne vous suis pas. Il me semble si nous (je me range dans le camp des partisans du Oui) avions refusé le débat, il n'y aurait pas eu de choix démocratique. Cela ne veut pas dire que la majorité (le 55 % de nonistes) a eu raison ou que les défenseurs du non n'avaient pas utilisé des arguments irrationnels (agitation de l'adhésion de la Turquie, crainte pour le droit à l'avortement, etc.), cela veut simplement dire que nous n'avons pas réussi à convaincre. Admettons le plutôt que de nous draper dans une attitude hautaine qui consisterait à proclamer : "tous des crétins à part nous". Dire que les nonistes sont des "crétins" qui ne méritent pas qu'on leur parle ne me paraît pas très satisfaisant. Je crois au contraire qu'il ne faut pas cesser de vouloir convaincre et de débattre, en tenant fermement à ses convictions mais en sachant accueillir la parole de l'autre, en ne la réduisant pas à des épithètes désobligeants (même si c'est parfois difficile). Je trouve d'ailleurs un peu rapide et déplacé le parallèle que vous faîtes entre l'attitude vis-à-vis des nonistes et celle que l'on a eu ou pas avec le FN... La pensée, la raison, ne gagne rien à ce genre d'association.
Il ne s'agit pas là de bien-pensance ou de gentille complaisance mais de souci de qualité de la délibération en démocratie. Ce n'est pas une question théorique pour moi. En contribuant à animer ce blog ou en intervenant sur la Toile, j'ai eu à faire face moi aussi à des personnes au point de vue radicalement opposé et je me suis demandé parfois si elles étaient encore accessibles à "la raison". Ceci étant dit, sur votre blog, vous êtes seul maître à bord, mais accepetez que l'on puisse vous critiquer ici même... Cela fait partie de la régle du jeu sur le 2.0...
J'en viens au deuxième point que je voulais aborder
2. Vous écrivez également : "la pensée ne progresse pas dans le consensus mou." Il me semble, pour reprendre l'exemple de l'émission des Matins de France Culture où vous avez été amené à commenter la chronique d'Alain-Gérard Slama, que justement nous nagions en plein "consensus mou". Je ne reviens pas sur le contenu de cette chronique (on se reportera à mon billet d'humeur publié sur ce blog), mais compte tenu du tissu d'inepties que proférait M. Slama, non moins doctement que certains internautes sur votre blog, cela aurait mérité la même indignation de votre part.
Il ne faut pas s'étonner que des discours antiélitistes fleurissent quand le "consensus mou", pour reprendre votre expression, triomphe sur les ondes...
Je suis babélien et lecteur assidu de l'espace Coulisses de Bruxelles, édité par Jean Quatremer. Franchement, son style drôle et rigoureux en même temps, appuyant toujours ses scoops sur des sources et des infos contrastables, me semblent un mirage dans la sphère médiatique européenne. L'ironie, souvent utilisée chez lui, prend ses interlocuteurs pour des gens intelligents, c'est un clin d'oeil dirigé même envers ceux qui semblent participer avec un point de mauvaise foi. Il faudrait un Jean Quatremer au moins dans chacun des 27 membres de l0Union. Surtout parce qu'il a compris qu'il faut populariser le feuilleton politique européen et qu'il ne s'occupe pas énormément de questions techniques de l'UE, mais d'enjeux politiques, idéologiques et qu'il aide à visualiser les acteurs de la scène politique.
En effet, ce qu'il faut en Europe c'est se radicaliser un peu, fuir des formalismes mornes et qui semblent de plus en plus un masque de cirque, un cirque qui est resté dans les annales du XiX siècle. Arrêtons de parler des vertus lacrymogènes de l'Europe, connectons avec ce qui n'a pas encore été fait en Europe et frustre ses citoyens, soyons exigeants, sans concessions avec ceux qui sont au sommet du pouvoir. Et, surtout, remettons nous tous à une des fonctions du journalisme: le soupçon. La destruction des apparences requiert non seulement d'une rigueur d'enthomologue, mais aussi d'une certaine faculté pour sortir de la défensive et passer à l'attaque. Franchement, moi je ne suis pas toujours d'accord avec les points de vue de Quatremer, mais je ne conçois pas comment on pourrait considérer son journalisme comme élitiste.
Je parle à qui précisément? A Marie ou Guillaume? Et qui est Guillaume? Manifestement, Guillaume couvre Marie, c'est ça?
Sur le point de départ de notre échange, j'apprécie que vous me donniez raison: "Je ne reviendrai pas sur le cas particulier de "Léa", que je ne connais pas personnellement, que je n'entends pas spécialement défendre ici et dont je n'ai pas lu la prose visiblement abondante". En clair, vous vous êtes fondés sur des échanges vifs que j'ai eu avec des internautes dans les commentaires de mon blog sans connaître le point de départ de cet échange. Ce n'est donc pas professionnel. A aucun moment vous ne reconnaissez que votre plume a manifestement dépassée votre pensée, ce qui peut arriver. Le journalisme c'est aussi reconnaître ses erreurs. Ou si vous m'attaquez, vous étayez vos accusations et surtout vous m'appelez avant: je suis très facile à joindre. Je vous signale quand même que vous m'avez diffamé et que devant un tribunal, vous n'auriez guère de chance de gagner... Le net n'est pas l'irresponsabilité. Votre expression "les Jean Quatremer" est puante, pleine de sous-entendus vicieux, je suis sidéré que vous ne le compreniez pas.
Pour le reste, je crois que vous confondez le rôle du journaliste avec celui du politique. Je n'ai pas à plaire, j'ai à faire mon travail, à expliquer la réalité européenne du mieux que je peux et je suis libre de ma parole et de mes écrits.
M. Quatremer,
je suis étonné qu'après notre échange, vous reveniez au point de départ, en prononçant des mots comme "diffamation" ou "tribunal". Je ne vois pas en quoi l'article de notre rédactrice aurait attenté à la considération ou à l'honneur de votre personne, en vous imputant, en définitive, pour seul fait vos propres écrits ! Quant à la forme qu'a utilisée la rédactrice de l'article, elle relève de la libre expression d'une opinion, ni plus ni moins que vos articles et commentaires, lorsque vous vous adressez à vos interlocuteurs sur votre blog et utilisez les qualificatifs de votre choix et dont vous avez la seule responsabilité.
Vous avez eu la possibilité de vous exprimer sur ce point et de nous expliquer avec force détails le contexte de ce dialogue avec Léa. Ce que vous avez estimé être une erreur vous mettant en cause a donc été réparé par votre droit de réponse... Ce qui est normal sur un blog ouvert à la contradiction. D'ailleurs, puisqu'il faut dire d'où l'on parle, notre contexte à nous, si je puis dire, c'est que nous ne sommes pas des "professionnels de la profession", pour reprendre le mot de Godard. S'agissant de nos articles en général, je ne crois pas pourtant qu'ils relèvent de la catégorie du "café du commerce" (là c'est vous qui êtes désobligeant... je vous invite à lire nos articles produits depuis deux ans), ce qui n'est pas le cas de nombre de productions de "professionnels de la profession" (je pense à certains titres de la presse écrite, voire à certains journaux télévisés).
J'espérais pour ma part que nous allions pouvoir débattre sur des questions de fond. Mais finalement ce dialogue semble avoir tourné court... Dommage. Mais comme je préfère aller jusqu'au bout d'une idée, je vais donc poursuivre ma réflexion jusqu'au bout. Je ne pense pas avoir confondu les rôles de journaliste et de politique. Les fonctions, les rôles sociaux de ces deux professions sont en effet différents mais, dans la mesure où des journalistes sont entrés dans l'arène, notamment au moment du débat sur le Traité constitutionnel, ils ont participé à la délibération démocratique, au même titre que tous les citoyens concernés, et donc y compris les responsables politiques. Ce que les journalistes disent, ce qu'ils écrivent, tout aussi librement que n'importe qui sur ce sujet comme sur d'autres, produit des effets dans la sphère publique. Des journalistes, des éditorialistes ont participé à leur manière à la campagne référendaire (en se prononçant plutôt pour le Oui, en l'espèce) et à la formation (ou à la déformation, c'est selon) de l'opinion publique. Ils n'étaient pas de simples observateurs retranchés derrière leur statut de journaliste et comptant les points. Leur opinion a pesé.
Alors, bien sûr, vous n'êtes pas à vous tout seul "une infirmière de la démocratie". Les journalistes ne le sont pas. Mais la presse est un élément essentiel à la démocratie (vilain truisme qu'il faut convient parfois de rappeler). Les journalistes contribuent à maintenir (ou pas) la vigueur de la démocratie. Vous n'êtes en effet pas tenu de parler "gentiment" à ceux qui écrivent des âneries sur votre blog. Nous non plus, d'ailleurs... Mais, en tant que citoyen (seule qualité que je revendique ici), on est en droit de s'interroger sur les effets que peuvent produire des pratiques journalistiques sur la vie démocratique, ce qui n'enlève rien à la qualité du travail d'information que vous accomplissez par ailleurs sur les questions européennes (la place de l'Europe dans les médias mériterait un long débat...). Je le répète encore une fois pour que ce soit bien clair : nous ne remettons pas en cause vos compétences de journaliste !!! Ce n'est vraiment pas le sujet.
Enfin, je reviens à la charge s'agissant du "consensus mou" : parler "brutalement" à tel ou tel internaute lambda sur un blog est une chose assez facile finalement. On peut, à peu de frais, dans ce cas, se permettre de ne pas être "politiquement correct" et d'avoir des opinions tranchées. Mais je remarque simplement qu' il en va différemment quand on est invité sur France Culture pour "débattre" avec Alain-Gérard Slama. Où est donc passée l'opinion défendue et assumée "même brutalement" ? Je suis désolé de me répéter mais dire que l'explication de M. Slama, selon laquelle le programme historique de la social-démocratie (c'est-à-dire l'Etat-providence) serait la cause de l'abstention aux élections européennes, est "passionnante" et "assez juste" me paraît participer du "consensus mou" que vous dîtes abhorrer par ailleurs. Cela ne fait jamais que trois fois que j'essaye (en vain) de vous faire dire quelque chose là dessus. Après ça, promis, j'arrête... ! Je ne suis pas non plus un "infirmier" des médias, pour reprendre votre expression. Disons que je m'oppose à l'acharnement thérapeutique. De toute façon, n'en mourront que les plus malades.
"Si les Jean Quatremer et consorts répondent avec dédain à des personnes". Vous ne voyez vraiment pas en quoi cette phrase est diffamatoire et insultante? Vous n'êtes pas un professionnel, effectivement, alors écoutez ce que vous dit un professionnel au lieu de vous enfoncer dans le déni. Il y a des limites à la liberté d'expression, j'en sais quelque chose: il ne vous aura pas échappé que "Léa" n'existe pas, pas plus que les autres internautes. Ce sont des avatars. En clair, je ne peux ni diffamer, ni insulter un avartar électronique. En revanche on peut insulter ou diffamer une personne réelle. C'est cela la différence. Cet échange s'arrête définitivement là pour moi.
M. Quatremer, votre pirouette finale ne trompera personne, me semble-t-il.
Mais les lecteurs, bien réels, se feront leur propre opinion, en tout liberté.
Pour avoir suivi l'ensemble des échanges, je suis déçu de la tournure que prend la conversation sur la fin. Pourquoi vouloir couper court? Il me semblait que grâce aux différentes réponses, il avait été possible de dépasser le point de départ du litige - n'exagérons pas non plus, ces évocations de tribunal me semblent bien disproportionnées - et de revenir à des questions bien plus essentielles concernant les évolutions de la pratique journalistique. Ce n'est pas selon moi la qualité du travail de J. Quatremer qui est en cause (bien que parfois en désaccord, je suis moi aussi un lecteur régulier), mais bien une posture générale qui nécessite d'être constamment remise en questions, que ce soit par les professionnels, comme par les non professionnels que nous sommes. Il en va de la vivacité du projet politique que devrait représenter la construction européenne auprès de citoyens trop éloignés de ces questions (voir les dernières élections).
Personne ne se s'enfonce dans le déni et votre dernière réponse ne donne pas envie d'écouter le professionnel reconnu que vous êtes (voir la phrase : "alors écoutez ce que vous dit un professionnel'). c'est bien dommage et j'espère que nous aurons encore l'occasion d'échanger!
M. Quatremer,
Je n'ai en effet aucune leçon de journalisme à vous donner. J'en suis bien consciente car comme l'ont souligné Guillaume et Vincent nous ne sommes pas des journalistes.
En revanche dans le domaine du journalisme comme ailleurs, il me semble - que l'on signe de son propre nom ou qu'on choisisse pour ce faire un avatar - qu'on se doit de répondre correctement à ses interlocuteurs. Sur ce point mon avis vaut le vôtre. Vous n'êtes en l'occurrence pas plus "professionnel" que moi.
La responsabilité que vous avez quand vous parlez à vos lecteurs a ici déjà été soulignée et cela vaut dans tous les contextes même si vous connaissez Léa depuis deux ans. J'ai beaucoup de mal avec votre perception de Léa comme étant quelqu'un de crétin et de fou. C'est trop facile d'écrire uniquement des articles pour des lecteurs déjà en accord avec vous. Il faut aussi accepter ceux qui pensent différemment.
Je l'ai évoqué plus tôt, vous êtes une "référence" pour un grand nombre de personnes et tout comme les autres journalistes la proximité avec vos lecteurs est importante. Il est normal qu'une complicité s'installe, mais elle ne devrait pas se faire au détriment de la politesse. C'est dommage de se "mouiller la chemise" et d'anéantir ses efforts par la suite parce qu'on emploie le mauvais ton avec ses lecteurs.
Votre argument justifiant votre réponse à Léa est de dire qu’une longue réponse à un commentaire avec un avis antidémocratique ne sera pas lue, et que vous êtes obligé, pour nuancer ce commentaire, de recourir à des réponses courtes et précises. Sur ce point, il faut se poser la question : Est-ce qu’il vaut mieux dialoguer avec des personnes aux points de vue antidémocratiques dans l’espoir de faire en sorte qu’ils changent d’avis mais en prenant le risque de leur mettre à disposition une plateforme de discussion, ou faut-il ne pas les prendre en considération et les laisser entre eux, et renforcés dans leurs convictions à force de ne pas être écoutés par ailleurs ? Question complexe que nous nous posons également ici à Café Babel.
Deuxièmement, en l'occurrence pour moi rien ne justifiait cette « concision » à l’égard de Léa. La question soulevée par elle nécessite de vraies réponses. Si vos réponses à Léa sont, d’après vous, une manière de combattre le "consensus mou", vous vous trompez de cible. 55% des français ont voté contre le traité établissant une constitution pour l'Europe, et comme beaucoup d'autres français, elle éprouve le traité de Lisbonne comme une trahison par rapport aux résultats du référendum. Elle ne représente pas une minorité ou un extrême en donnant son avis sur la question de l’abstention au sein de l’UE.
Concernant l’échange de commentaires sur mon billet sur Babel Strasbourg et pour apporter une réponse à une des questions de Jean Quatremer, je souhaite souligner que personne ne me couvre. Guillaume a donné simplement son avis, tout comme Fernando.
En tant que rédacteur (professionnel) de la communauté de cafebabel.com, je constate que cette échange qui contenait des arguments intéressants et éloquents, tourne malheureusement en rond sans apporter plus d’explications ni de plus-value journalistique.
Je regrette ce développement et je dois signaler au nom de cafebabel.com quelques clarifications:
* cafebabel.com est un réseau européen des associations participatives. Celle-ci travaillent et gèrent leurs équipes et leur blogs de manière indépendante. Ceci est le blog de Cafebabel Strasbourg.
* les opinions exprimées dans les articles n’engagent que leurs auteurs
* Voici notre charte, qui engage tous les bloggers de cafebabel.com : http://www.cafebabel.com/fre/about/...
Merci
Ole Skambraks (ole@cafebabel.com)
Community editor cafebabel.com
@ Marie Krpata et Guillaume Delmotte
Je découvre votre blog et votre échange avec M.Quatremer tout à fait par hasard.
Je trouve son explication un peu biaisée, car:
1) Il sait très bien que j'existe réellement, qui je suis, et que Léa est mon prénom.
A la suite de ses censures et l'échange de mails, il a pu savoir mon âge, mes études et il sait parfaitement bien que je ne suis pas un troll. Sinon, PRESQUE TOUS ses participants sont des trolls, il faudrait alors qu'il ferme son blog. Avoir des opinions différentes ne veut pas dire que l'on trolle et que l'on aligne stupidité sur stupidité. C'est méprisant et blessant.
M.Quatremer dit:
"Je suis une personne qui a droit à un minimum de respect."
Comment quelqu’un qui réagit avec une telle susceptibilité à vos propos peut-il blesser les autres en mettant leur prénom entre guillemets, en disant de moi que je suis folle?
Quand M.Quatremer dit (10/06 à 11h51):
"Léa, encore elle, celle que vous défendez, explique doctement, par exemple, sur l'un des derniers fils, qu'en Chine, le gouvernement a pour politique d'encourager à tuer les filles. Faut-il en discuter calmement donnant à croire qu'il s'agit d'une "opinion" parfaitement défendable? Je ne le pense pas: en disant cela, elle sait qu'elle dit n'importe quoi, que c'est de la propagande et qu'une réponse longue ne sera pas lue. Là, il faut en un mot faire comprendre qu'elle est folle."
M.Quatremer a oublié d'ajouter que j'avais rectifié mon post, car c'était tout simplement une coquille, un malheureux raccourci; je voulais tout simplement dire "encourageait à n'avoir qu'un enfant".
J'étais pressée pour aller bosser, tout simplement. Il arrive à tout le monde de se planter, mais il faut savoir reconnaître ses erreurs. Ce que j'ai fait.
Mon tort est d'être passionnée de l'UE et, c'est vrai, être accro à son blog.
Je l'ai découvert, il y a 1 an et 5 mois, et non deux ans.
Il m'a permis d'apprendre énormément, et comme cela concerne MON AVENIR, je suis devenue une vraie boulimique de tout ce qui concerne l'UE. Avant 2005, je m'en fichais totalement, comme la majorité de mes amis.
Certes, mes posts peuvent être parfois naïfs, mais je ne suis ni militante, ni retraitée, ni syndicaliste, ni professionnelle de la politique, ni juriste, ni lobbyste, en fait, la majorité d'intervenants de son blog.
Mais justement, n'est-ce pas appréciable qu'une "jeune", du "peuple";-) participe à son blog?
Je suis profondément européenne, mais contre cette UE-là, je désire qu'elle change et qu'elle nous protège: Est-ce un crime??
A vouloir ridiculiser et rejeter les gens qui ont une opinion différente, on arrive à un absentéisme et un rejet de la pensée européenne.
Merci de publier mon droit de réponse
Je vous fais des bisous
Léa
"A vouloir ridiculiser et rejeter les gens qui ont une opinion différente, on arrive à un absentéisme et un rejet de la pensée européenne."
Encore une coquille :-)
Il faut lire:
"une ABSTENTION"