D’Encausse toujours tu m’intéresses.
Strasbourg, le 20 novembre 2007
Par Guillaume Delmotte
Ceci n'est pas une information. Tout est déjà connu. Toutefois, ce qui va sans dire va mieux en le (re)disant – comme l'affirmait déjà M. de Talleyrand – surtout dans le contexte actuel qui a vu, d’une part, l’élaboration d’un projet de législation visant à tester l'ADN des migrants dans le cadre du regroupement familial et, d’autre part, l’inauguration d’un Institut d’études sur l’immigration et l’intégration, créé par le gouvernement et chapeauté par le Haut Conseil à l’Intégration.
Cette dernière institution est dotée d’un Observatoire statistique, chargé de rendre chaque année un rapport sur les flux migratoires en France et d’élaborer les outils pour évaluer la politique d’intégration. Son Conseil scientifique, qui rassemble les présidents et directeurs des grands instituts de recherche statistique, délibère sur le programme et valide les conclusions des travaux de l’Observatoire. Il a la chance d’être présidé depuis 2004 par Mme Hélène Carrère d’Encausse – qui n’est d’ailleurs pas plus d’Encausse que je ne suis D’Elmotte –, secrétaire perpétuel de l’Académie Française et qui, pendant de nombreuses années, enseigna tout ce qu’elle savait du monde soviétique aux étudiants du prestigieux Institut d’études politiques de Paris. Ce n’est pas la première fois que cette « intellectuelle de gouvernement » - comme pourrait la nommer l’historien Gérard Noiriel (un authentique spécialiste de l’immigration, lui) – officie dans les sphères étatiques. Elle fut naguère membre de la Commission des « sages » pour la réforme du Code de la nationalité en 1986-1987. Il est tout de même troublant que Mme Carrère d’Encausse ait conservé ses fonctions à la tête du Comité scientifique du Haut Conseil à l’Intégration après les propos qu’elle a tenus au moment des émeutes dans les banlieues françaises en novembre 2005, attribuant la cause de celles-ci à la polygamie :
« Beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25 enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues. »
Ah ! Que c’est beau la science ! Une analyse brillante et nourrie par des années de recherche ! On apprécie notamment le « Dieu sait quoi ! »… Et Mme le Professeur Carrère d’Encausse, que sait-elle ? Pour ma part, je sais désormais pourquoi cela va si bien en France…
(Photohraphie: Michel Delmotte, Raffarin et son conseiller, porcelaine, 2002)
Commentaires
Merci d'ce billet d'humeur pertinent et d'la pointe d'humour en plus (pardon j'abuse des "d' " moi aussi
c'est grave tout de même de voir que café babel est entaché d'une si mauvaise représentation caricaturale anti-sarkozyste primaire à Strasbourg. Je trouve cela vraiment dommage moi qui habite Strasbourg et qui est réellement déçu par vos billets...
Cher Diderot,
peut être auriez vous dû avoir l'honnêteté de votre "origine partisane" en postant ce commentaire: pourquoi ne pas avoir indiqué l'adresse de votre blog personnel?
Nous acceptons volontiers les critiques faites à notre traitement de l'actualité. Vous constaterez que les analyses que nous proposons de manière générale et en particulier celles qui concernent la politique de Monsieur Sarkozy reposent sur des faits réels dont nous indiquons les sources précises. Il m'est donc difficile d'accepter le terme "caricatural" que vous avez employé dans votre commentaire, d'autant que vous l'affublez de l'adjectif "primaire". Je pense que notre travail est suffisemment fouillé pour ne pas être qualifié de la sorte.
Je tiens qui plus est à préciser que la notion de "blog" implique une liberté d'expresseion et d'opinion des individus qui consituent la rédaction locale. Il s'agit d'une tribune libre. Vous constaterez d'ailleurs que les articles sont signés non pas par la rédaction "BabelStrasbourg" mais bel et bien par les auteurs eux-mêmes. Les opinions exprimées sont donc individuelles et non "rédactionnelles" tout en respectant la ligne éditoriale que nous nous sommes fixée (voir le "qui sommes-nous?).
Je note cependant les réserves que vous émettez quant à notre blog. Vous serait-il possible de nous faire part d'une critique plus constructive, ce qui nous permettrait d'améliorer la qualité de notre travail.
Merci,
Lena Morel
A Diderot : voilà un commentaire intéressant.
Vous touchez à une question qui a été plusieurs fois abordée lors de nos dernières réunions de rédaction et qui pourrait être posée à nombre de médias français : Nicolas Sarkozy n’occupe-t-il pas une place trop importante sur notre blog ?
D’une certaine manière, ne sommes-nous pas victimes d’une omniprésence médiatique que nous jugeons excessive et préjudiciable pour l’équilibre politique de notre pays ? Nicolas Sarkozy fait et défait à lui seul l’actualité politique française depuis plusieurs mois et nous serions d’une certaine manière tombés dans son jeu, victimes sans le vouloir d’une habileté politique difficilement contestable.
La question mérite d’être posée et le débat passionnant.
Le problème est que vous ne faites qu’effleurer cette question. Au lieu de nous adresser une critique que nous sommes tout à fait disposés à entendre, vous tombez, sans que personne ne vous y ait poussé, dans le piège de l’arrogance qui symbolise le parti politique actuellement au pouvoir et auquel vous revendiquez ouvertement votre appartenance sur votre blog personnel.
« Caricatural » dites vous ? C’est faire insulte au travail des auteurs qui se sont efforcés à chaque fois d’offrir un point de vue construit et largement documenté, basé uniquement sur des faits avérés. « Une vision anti-sarkozyste primaire » : là encore, vous allez bien vite en besogne et déformez le contenu d’articles qui, si ils sont le plus souvent engagés, n’en restent pas moins courtois et mesurés.
Mais qu’à cela ne tienne : nous sommes prêts à engager le débat avec vous. Et puisque vous vous désolez de notre vision « primaire » et « caricaturale », nous attendons avec impatience vos prochains posts, qui hélas se font attendre.
Vincent Lebrou